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LOST IN THE SUPERMARKET

"lost in the supermarket"

2019 / ... "work in progress"

​Paris

Une empreinte originale placée dans un des musées de la ville de Paris.
Selon un process identique, un court film vidéo est réalisé enregistrant une déambulation et le placement de l'empreinte.
Durée1minute -  son, cadrage/plan séquence.


série publiée par TK-21 LAREVUE, un film par
numéro/mensuel :  https://www.tk-21.com/  -  Textes JL Poitevin
 

#1  CENTRE POMPIDOU - 12 novembre 2019                             Viméo

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lostinthesupermarket #1 - Centre Pompidou 12 novembre 2019 

Aldo CAREDDA initie une série : "Lost in the supermarket" dans tous les musées Parisiens. Une vidéo d’une minute montre l’action de placer une oeuvre dans un lieu. Paris compte plus de deux cents musées.  

(vidéo/Emile C)

Aldo Caredda nous propose de l’accompagner pendant un certain temps dans un des aspects singuliers de son travail. Des vidéos très courtes viendront ponctuer les numéros de TK-21 LaRevue en nous proposant d’assister à un geste à la fois dérisoire et profondément artistique. En visitant chacun des musées parisiens, il y dépose une de ses empreintes, élément qui est à la fois le signe et le symbole, le moyen et le motif même de son œuvre. En offrant cet élément insignifiant à un dieu énigmatique et sans visage, celui de la culture peut-être, dont l’emblème est à l’évidence un labyrinthe infini dont nous ignorons autant comment nous y sommes entrés que comment nous en sortiront, il accompli un geste aussi simple que sauvage dont l’écho en nous est à la fois celui d’une prière et d’un cri. A chaque fois nous le laisserons résonner en nous comme un appel renouvelé à un dévoilement impossible. Cette première vidéo nous conduit au saint des saints de l’art qu’est le centre Pompidou.

Jean-Louis POITEVIN (in tk-21 LaRevue#105)

#2   LE LOUVRE - 14 février 2020                                            Viméo

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#3   LE BAL - 03 novembre 2019                                            Viméo

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#4   Musée BOURDELLE - 09 février 2020                                Viméo

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#5   Jeu de Paume - 21 octobre 2019                                     Viméo

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Nous suivrons dans une courte vidéo, les pas d’Aldo Caredda qui pour son #5 de Lost in the supermarket, a choisi de déposer une de ses empreintes après avoir gravît les escaliers du Musée du jeu de Paume.

Jean-Louis POITEVIN (in tk-21 LaRevue#108)

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Et pour clore ce numéro double spécial été 2020, nous revenons faire un second tour dans les pas d’Aldo Caredda et de son #7, pour assister à une nouvelle déposition d’offrande d’empreinte dans le ventre de la fondation Louis Vuitton.

Jean-Louis POITEVIN (in tk-21 LaRevue#109)

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#6   Fondation Louis Vuitton - 09 février 2020                          Viméo

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#7   Fondation Louis Vuitton - 09 mars 2020                            Viméo

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Quoi de mieux que le musée de l’illusion pour y déposer en secret le secret le moins secret dont chacun dispose, son empreinte digitale ? Voilà à quoi s’est délibérément livré Aldo Caredda, l’homme sans visage qui a fait du dépôt du presque rien l’assomption de dévoilement du mystère, dans le #8 de sa série sans fin de courtes vidéos intitulées Lost in the supermarket.

Jean-Louis POITEVIN (in tk-21 LaRevue#111)

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#8  Musée de l'illusion - 20 juillet 2020                                 Viméo

Et pour clore ce numéro double spécial été 2020, nous revenons faire un second tour dans les pas d’Aldo Caredda et de son #7, pour assister à une nouvelle déposition d’offrande d’empreinte dans le ventre de la fondation Louis Vuitton.

Jean-Louis POITEVIN (in tk-21 LaRevue#110)

#9  Espace Lafayette-Drouot - 16 juillet 2020                           Viméo

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C’est à l’espace Lafayette-Drouot qu’Aldo Caredda poursuit sa geste étrange puisqu’elle consiste à offrir et non à trouver. L’inversion du sens de la quête transforme l’offrande en paradoxe, puisque nul ne reçois ce qui est donné et nul ne retrouvera la trace du don, sur nous spectateurs qui assistons impuissants à cette révélation inversée d’un mystère dans le #9 de Lost in the supermarket.

Jean-Louis POITEVIN (in tk-21 LaRevue#112)

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#10  Palais de Tokyo - 22 juillet 2020                                     Viméo

#11  La MEP - 29 août 2020                                                   Viméo

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Avec son #10 de Lost in the supermarket, Aldo Caredda poursuit son « oeuvre insensée » en ceci qu’elle est réalisée à la limite du sens. En déposant une empreinte dans un endroit où elle ne doit pas être vue, il provoque un raccourci puissant conduisant directement de la vanité à la vanité. Entrant de dos dans le champ de l’image, il renonce ainsi au visage. C’est en ombre qu’il s’avance pour aller s’agenouiller en haut d’un escalier, devant un autel improbable « lumineux et serein ». Il révèle ainsi, comme en passant, combien son geste synthétise ce qui constitue peut-être la source la plus profonde qui pousse les hommes à produire des oeuvres, à laisser des traces, fussent-elles infimes ou invisibles.Devant cet « autel » se découpant dans la lumière, le geste de l’offrande « mystique » de l’empreinte exhibe en un unique instant l’association glorieuse de l’immensité du néant et de l’imminence d’une révélation.

Jean-Louis POITEVIN (in tk-21 LaRevue#113)

Avec Lost in the supermarket#12, Aldo Caredda poursuit sa quête aussi inlassable que vaine, et aussi secrète que dévoilée de ce que l’on pourrait appeler l’absence d’oeuvre comme constituant le gouffre invisible et pourtant actif qui habite chaque création. Aux marges de chaque production et l’enveloppant de son halo translucide, hantise incomparable, il y a la question de sa visibilité et de sa réception, de sa monstration et de son enregistrement par les canaux officiels ou non dont c’est la fonction.Aujourd’hui au MAM, en glissant l’une de ses empreintes sous le rebord d’une rambarde sise devant une immense baie vitrée du musée, il révèle que chaque geste artistique même le plus anodin active en nous un besoin de reconnaissance qu’un reflet dans l’infini d’une vitre suffit peut-être à rassasier.

Jean-Louis POITEVIN (in tk-21 LaRevue#115)

#12 Musée d'Art Moderne - 29 octobre 2020                           Viméo

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Pour clore ce numéro nous poursuivons notre errance contrôlée à travers Paris et les lieux dans lesquels l’art s’exhibe. Avec Lost in the supermarket#11 Aldo Caredda nous conduit dans l’un des escaliers de la MEP. On y retrouve l’ombre maintenant bien connue de l’anonyme volontaire qui entre dans le champ pour une minute. Il gravit une volée de marches et avec la délicatesse d’un insecte butinant, il effectue un geste d’une manière à la fois ouverte, visible de tous et si discrète qu’il est impossible de voir exactement ce qu’il fait. Car le geste est si rapide, si précis, si insignifiant qu’il devient, sous l’oeil impassible de l’appareil de prise de vue, l’équivalent de l’accomplissement d’un de ces mystères dont regorge le quotidien e tous ceux qui pense-t-on, n’ont pas d’histoire, ou si peu. C’est ainsi que s’écrit sous nos yeux une ligne qui va elle aussi s’inscrire dans ce grand livre où tout est écrit et qui fascinait tant Jacques le fataliste de Diderot qui disait : « avec tout cela, malgré que j’en aie, j’en reviens toujours au mot du capitaine : Tout ce qui nous arrive de bien et de mal en ce monde est écrit là-haut… Savez-vous, monsieur, quelque moyen d’effacer cette écriture ? »

Jean-Louis POITEVIN (in tk-21 LaRevue#114)

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#13 Palais d'Iéna - 27 octobre 2020                                       Viméo

Avec Lost in the supermarket#13, Aldo Caredda poursuit ses offrandes au dieu art. En les déposant dans des endroits où les spectateurs officiels de ce dieu n’iront pas les chercher, il leur assure une perennité secrète quoiqu’incertaine. Par ce rite à nul autre pareil, il s’affirme comme un élément essentiel de ce culte au moment où le nom du dieu s’obscurcit chaque jour un peu plus. Dans le grand escalier du Palais d’Iéna, bâtiment majestueux d’Auguste Perret, l’ascension glorieuse, la légère génuflexion et la presque palpable salutation de la tête sous un triangle magique inséminant le crâne d’une révélation muette, projettent l’offrande de la nuit de l’oubli dans la sphère incandescente de l’effacement. Reste alors à l’officiant, à sa silhouette sombre, la chance d’être accueilli un instant dans l’orbe du visible, voyageur romantique exilé dans un glacier assagi.

Jean-Louis POITEVIN (in tk-21 LaRevue#116)

#14 Fondation Cartier - 30 octobre 2020                                 Viméo

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Avec Lost in the supermarket#14, Aldo Caredda poursuit le dépôt de ses empreintes dans les musées parisiens. Ici, à la fondation Cartier, il entre aussi en relation frontale avec l’angle d’un écran sur lequel défilent d’indéchiffrables images. On pourrait instant penser qu’il va, tel un fantôme, tenter de rentrer dans le monde dont il se serait comme échappé par mégarde. Mais rien ne se produit qu’une brève génuflexion. Le temps d’un souffle, il semble presque parvenir à entrer dans l’image qui « grésille ». Mais ce monde des fantômes qui errent sur des surfaces le repousse et, à peine relevé, il s’esquive, marin rejeté par la mer, et glisse le long de l’écran comme aspiré par le néant banal du hors-champ.

Jean-Louis POITEVIN (in tk-21 LaRevue#117)

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#15 Centre Pompidou - 26 mai 2019                                       Viméo

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Aldo Caredda poursuit son arpentage des musées parisiens. Au centre Pompidou, une nouvelle fois, il se confronte à une situation typique engendrée par les pratiques contemporaines pour venir déposer son offrande. Présent quasi invisible parmi les dons infinis faits à ce dieu absent, elle brille ici, elle aussi, mangée par la lumière, par son absence même.
Une affiche, des mots, un petit muret, et la lumière de ce jour-là s’offrent comme une possibilité d’action. Mais la courte vidéo de ce Lost in the supermarket#15 nous emporte ailleurs.
Tout est blanc. L’affiche a perdu ses contours. Le muret a disparu. Il reste un corps de dos, des mains blanches, un geste simple, prendre quelque chose dans la poche arrière et un autre geste presque anodin, dont nous savons ce qu’il est sans pouvoir voir qu’il est bien cela, celui de la dépose de l’empreinte sur le bord du muret. Mur blanc, lettres à demi mangées par la lumière, les deux seuls mots qui restent dans la surexposition de l’image À PEINDRE résonnent comme une annonce, un projet, une invitation. Mais la main qui s’avance se fait dévorer par le blanc et l’empreinte déposée semble n’avoir jamais existé. Il n’y a rien que la lumière, l’aveuglement solaire, l’effacement des formes. Et resplendit dans cet instant de vacuité presque pure l’essence de ce geste dont la puissance tient à ce qu’il nous revoie à nos illusions fatales relatives à la signification des choses, des hommes, du monde.

Jean-Louis POITEVIN (in tk-21 LaRevue#118)

#16 Jeu de Paume - 25 février 2020                                      Viméo

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À droite un mur rempli d’images collées en grand nombre, un escalier et encore un mur couvert d’images elle aussi pléthoriques. Il importe peu de les voir avec précision, ces images, ni de savoir ce qu’elles représentent. Elles sont là, multiplicité banale, actrices et témoins de ce que l’art, en effet, est devenu, une exposition inflationniste d’éléments « discrets » censées faire sens par leur nombre même.
Et passant sur le côté, vêtu de sa veste de cuir noir, comme ignorant ces assemblages de vanité publicitaire, longeant le couloir qui conduit, on le sait puisque nous sommes au Jeu de Paume, vers les toilettes, on voit le dos de l’homme aux empreintes.
Le rituel est respecté, mouvement puis arrêt, puis geste à peine définissable puis agenouillement et encore geste indéfinissable. Mais nous savons. Il accomplit, avec la discrétion d’un mage qui se doit de rester inconnu, un rituel de désenvoûtement. Il fait ce qu’il a à faire. Il tait ce qui doit être dit et par ce silence même il élève toute position de refus à la hauteur d’un contre-mystère. 
L’empreinte est quelque part par là, collée, cachée, non visible. Par son insistance dans ces lieux échappant à toute connaissance comme à toute reconnaissance, elle déploie une contre-événement si infime, si apparemment insignifiant, qu’il absorbe par son absence de signification même la puissance du non sens et en insémine la totalité de l’espace dans lequel, cachée, elle persiste.
À la question de savoir si le désenvoûtement fonctionne, il n’y a pas encore de réponse. Oui, pas encore !

Jean-Louis POITEVIN (in tk-21 LaRevue#119)

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Merci de votre visite. À bientôt.
Avec cette phrase inscrite en lettres noires sur mur blanc, quelque part dans un escalier du musée Picasso, puisque c’est là que nous sommes selon l’information donnée par Aldo Caredda dans le titre de son Lost in the Supermarket#17, est énoncé un fait majeur sur l’être même du musée et de la culture à l’époque des masses soumises.
Il s’agit de cette quête insondable du « geste pur », du « geste originel et absolu », celui qui devrait se situer au commencement de toute pratique artistique. Le geste du don ne peut qu’être don d’une trace. Aldo Caredda parvient ici à le mettre en scène dans l’apparente banalité d’une descente d’escalier accompagnée du geste de déposition dans un endroit où elle ne sera pas repérée, de l’empreinte légèrement maculée de peinture.
Au moment de la sortie du musée donc, se percutent deux réalités, celle du visiteur spectateur et celle de l’homme qui refuse de n’être « que » ce visiteur. Il entend faire savoir sous la forme d’un contre don aussi silencieux et invisible qu’exhibé mais secret à ceux qui font l’art, artistes comme institutions, que ce don qu’ils nous font ne peut avoir de force émotionnelle qu’à être accompagné d’un contre don.
Chaque homme est digne de laisser une trace. Chaque trace est digne de l’homme qui la laisse. Et, alors qu’il risque soudain d’être surpris par un autre visiteur descendant l’escalier, cet homme toujours montré de dos, s’esquive, révélant ainsi que l’offre artistique d’aujourd’hui, en mettant au rebut le contre don, a plongé ceux que l’on remercie de leur visite non pas dans un bain de culture mais dans la soupe grise de la privation de ce geste majeur qu’est le contre don. Aldo Caredda, en ne renonçant pas, révèle combien même un merci peut être porté par une duplicité assassine fut-elle « involontaire ».

Jean-Louis POITEVIN (in tk-21 LaRevue#120)

#17 Musée Picasso - 23 juin 2021                                          Viméo

#18 Bourse de commerce - 28 juin 2021                                 Viméo

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Manifestement personne ne prête attention à lui, à sa démarche, à son agenouillement à côté d’une gardienne devant le grand mur gris qui orne de sa vaine débauche puritaine le centre d’un cercle vide, à sa main qui se tend, discrète et dépose dans un trou qui semble avoir été fait à cet fin, son offrande.
Vide, il ne l’est pas ce désert de béton, car, à cet endroit, se tient un homme. Pas plus que les autres fantôme présents à cet instant, il ne prête attention à ce qui se produit. C’est que si tous les regards sont tournés vers lui, l’homme assigné à résidence dans ce cercle nu, lui ne dispose pas de cet appareil de contrôle qu’est un oeil. Élémentaire, mon cher Watson, puisqu’il n’a pas de tête. Ou plutôt, il n’en a plus. Coupée ? Non ! Fondue !
Ainsi va le monde. Ainsi va l’art. L’homme sans tête est l’œuvre. Les visiteurs, bien dressés à la déambulation par des décennies d’apprentissage dans les grandes surfaces, ne regardent qu’elle et ignorent le saltimbanque du dérisoire qui, agissant au grand jour, dissémine ses spores dans des zones arides.
Son geste, cette fois, s’accompagne d’un agenouillement. Il le fait devant ce mur face auquel personne ne pense à venir d’incliner, se lamenter, déposer un petit papier contenant une prière. Lui le fait. Il est seul et le seul, double vivant de l’homme sans tête, à y penser Il le fait face au mur, c’est-à-dire dos à l’art, au sujet de quoi personne ne semble disposé à s’interroger.
Chacun sait ce que c’est. Le musée, ce supermarket infini, est là qui le dit, l’affirme, le confirme. Et l’homme qui passe, portant le poids de son insignifiance, lui, s’incline devant l’impossible, s’agenouille devant l’impensable et ainsi accomplit quelque chose qui dépasse l’imagination en ce qu’il est capable de réaliser, au coeur même du désert qui enveloppe la pensée de son gris intense, une gradation dans l’intensité de l’aveu.

Jean-Louis POITEVIN (in tk-21 LaRevue#121&122)

#19 Musée Rodin - 14 juin 2021                                             Viméo

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Aldo Caredda s’est rendu au Musée Rodin pour y poursuivre son activité secrètement publique, celle de la déposition d’une offrande dans un recoin banal où l’absence de signification flirte avec la grandeur. 
De l’axe cousu d’une veste prenant l’écran comme on prend le pouvoir à celui de la colonne vertébrale devinée du corps qui marche, du dos qui s’affirme et s’éclipse à la face lointaine d’un homme qui se dévêt, esclave ancien soupirant après son modèle angélique ou homme s’essayant à devenir un homme, enfin, l’action supposée insignifiante s’exhibe comme une remontée vers une lumière axiale suintant entre deux volets. La disparition derrière la statue de Rodin du corps agissant de l’homme à la veste bleue, avant une réapparition rapide, laisse entrevoir que le geste a été plus qu’une prière et moins qu’une absolution, mais dans tous les cas une bénédiction. Et l’on aperçoit alors dans cette fente lumineuse ne parvenant pas à épuiser le non sens, que ce qui a été déposé est une empreinte parlant la langue de l’au-delà de l’énigme car toute balbutiante de se tenir désormais aux pieds d’une statue évoquant l’éveil.

Jean-Louis POITEVIN (in tk-21 LaRevue#123)

#20 Musée de L'Orangerie - 15 juin 2021                                Viméo

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Comme toujours, sans emphase ni dommage, Aldo Caredda a déposé une de ses empreintes, toujours la même, toujours différente, sous le cadre des vénérables Nymphéas de Monet, sises au Musée de l’Orangerie à Paris.
Il pousse ainsi, il faut le rappeler, la logique de la « singularité » de chacun jusqu’à l’absurde, puisque identique et différente, l’empreinte, marque de l’identité de l’individu, en est aussi la forme manifeste la plus actuelle de l’incarnation. La plus actuelle mais aussi la plus dévoyée puisqu’elle est, ici, en tant que telle, toujours si différente et si unique, qu’elle fait du corps porteur de l’empreinte, - qui est aussi celui qui la dépose -, à la fois un corps individuel et un, et indéfiniment multiple d’être indéfiniment multiplié.
L’empreinte ainsi fabriquée signale l’existence d’un être qui n’est en quelque sorte personne.
Tant et si bien que, lors de cette offrande au Dieu Monet, qui est ici tout sauf un double du dieu Money, quelque chose se produit qui ressemble à une salvatrice dissociation. Ligne bleue sur tissu bleu, le corps vu de dos va, droit devant lui, accomplir sa génuflexion devant le bleu de l’étang peint, faire le geste de la déposition-collage qu’on devine mais ne voit pas.
Une fois le geste accomplit, le corps se relève, mais il faudrait être « aveugle » pour ne pas deviner que quelque chose d’autre a eu lieu, ou plus exactement a lieu devant nos yeux : le dédoublement du corps en un corps visible qui s’esquive sur la gauche pour retourner à l’anonymat, et un corps spirituel qui lui, telle une grenouille qui ne serait pas de bénitier, s’est glissé dans le tableau, dans le bleu, dans l’étang, dans le mythe, dans le rêve, dans l’éternité.
Ainsi s’accomplit, ici, la métamorphose sans appel, qui, du geste à l’image en passant par l’empreinte, conduit le vrai corps à s’esclaffer du tour qu’il joue à ceux qui croient en sa seule condition palpable, condition dont l’empreinte est à la fois la preuve et le démenti.

Jean-Louis POITEVIN (in tk-21 LaRevue#124)

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